Imprimer

Le jeûne n’a jamais nui à personne

Écrit par Mgr Mansour Labaky Jeudi, 28 Mars 2019 00:00

Mgr Mansour Labaky

Changer taille:

Extrait des émissions "Lo Tedhal-La Takhaf"

Le Jeune N A Jamais Nui A Personne

Il y a un Ordre en France qui s’appelle les Chartreux. Un très beau film a été réalisé sur ce sujet, intitulé "La Grande Chartreuse". Les Chartreux relèvent de la règle de saint Benoît, mais leur fondateur est saint Bruno. Ces moines vivent comme des ermites, mais dans leur couvent. Ils mangent une seule fois par jour. Ils travaillent dans les champs et ils prient. C’est un des Ordres les plus exigeants et les plus stricts. Par exemple, ils ne mangent jamais de viande mais seulement des produits de leurs champs, c’est-à-dire des légumes. Or, ce qui est étrange, c’est qu’ils vivent très longtemps malgré l’austérité de leur vie. Vous ne trouvez chez eux personne de malade, bien qu’ils ne mangent que les fruits de leur récolte.

Un jour, arrive chez eux le Pape Urbain V, qui constate l’austérité de leur vie. En voyant les Chartreux ne manger que de la salade et de la semoule, il leur ordonne : "Vous devez changer votre mode vie. Je vous obligerai à manger de la viande deux fois par semaine, car une telle austérité n’est pas naturelle !". Les moines se sont tus car le Pape avait parlé. Quand Urbain V a été de retour à Rome, ces religieux se sont réunis tout tristes : comment rester fideles à la règle de leur fondateur qui les rendait si heureux et, d’autre part, comment obéir au Pape ? Les voilà donc qui décident d’envoyer au Pape une délégation pour les représenter, formée de dix moines, âgés entre 93 et 99 ans. Lorsque le Pape les a reçus en audience, ils l’ont supplié : "Sainteté, nous sommes venus en délégation pour vous dire que, nous et nos frères, nous avons déjà passé 60 ans au monastère, sans qu’aucun de nous ne tombe malade, et que nous sommes très heureux du régime alimentaire que nous suivons. Regardez-nous et voyez comme nous sommes en bonne santé ! Nos frères qui sont restés là-bas et qui sont plus jeunes que nous - ils ont entre 80 et 85 ans - ne nous ont pas accompagnés car ils devaient assurer les travaux des champs". Quand le Saint Père a constaté leur robuste santé et leur force physique, il a changé d’avis.

Il est bon de s’adresser à notre Supérieur d’une manière sincère et affectueuse. Ces religieux n’ont pas dit au Pape : "Nous ne voulons rien changer dans notre mode vie parce que c’est ce qui est stipulé dans la Règle !". Mais ils se sont comportés d’une manière très simple, de façon à ce que le Pape fasse le constat par lui-même.

Quand je raconte cette histoire, on m’objecte : "Mais quel rapport avec la situation au Liban ?". Or je connais bien des mamans libanaises de la montagne concernées. Et je peux même vous en citer une : la regrettée maman du saint évêque, Mgr Francis Baisari, qui jeûnait plus que ces religieux en France. Elle jeûnait et priait pour la sainte Thècle et la sainte Barbe, ainsi que pour les fêtes de la Vierge. Elle n’a mangé de la viande que deux fois dans sa vie. Mais la joie qui paraissait sur son visage était contagieuse pour son entourage. Donc si Dieu est dans votre cœur, vous ne pensez plus à manger.

Combien d’ouvriers étrangers chez nous, Syriens ou Egyptiens, ne mangent que de l’halawa, une laitue et une tomate. Leur santé est pourtant excellente. Et combien de gens de la montagne ne mangent qu’une seule fois par jour et s’en portent très bien.

Je vous ai raconté cette histoire pour vous dire que votre alimentation n’est pas aussi importante que la nourriture spirituelle ni que la joie intérieure. Si l’homme est heureux dans sa vie, la quantité d’aliments lui importe peu, ce qui compte c’est la qualité de la charité. Ces Chartreux vivent la charité fraternelle, à tel point que la faim ne se fait pas sentir.

Essayez d’en faire l’expérience et vous verrez. Comme le dit un proverbe libanais : "Accueille-moi bien et ne me donne pas à manger". Ne dit-on pas aussi que "la rose n’est pas faite pour rassasier mais pour réjouir les sens"? Et une autre expression affirme qu’on est rassasié des odeurs de la cuisine… C’est parce que l’esprit compte plus que le corps.


Powered by Web Agency