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Foi exemplaire (Lc 8, 40-56)

P. Roger Sarkis

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Foi exemplaire

Dans la confusion de la foule, Jésus insiste sur la relation personnelle qu’il veut établir avec chaque homme. En effet, cette scène de l’Evangile met en relief le danger qui existe d’anéantir la Foi comme rapport interpersonnel. Au temps de Jésus, comme de nos jours, la Foi est menacée de se transformer en une simple manifestation de masse. Dans l’agitation de cette foule qui le pressait de toutes parts, le Maître insiste sur la valeur du seul toucher qui instaure et témoigne d’une foi authentique. Le geste personnel de la femme hémorroïsse ne ressemble pas à la pression aveugle du peuple mais constitue, en soi, un Credo qui fleurit du cœur de cette femme souffrante.

A l’histoire de cette femme, comme à celle du chef de la synagogue, peut s’identifier toute douleur humaine. L’homme qui, à travers la menace de la mort de sa fille, se trouve en situation d’impuissance et d’échec. La femme qui, outre sa maladie, s’est ruinée en dépensant en pure perte pour guérir tout ce qu’elle possédait. Tous les deux sont l’icône de la souffrance incurable de l’humanité. Tous les deux évoquent notre inévitable chemin marqué par la maladie et la mort.

La femme hémorroïsse, du fait de sa maladie, se retrouve en état d’impureté légale. Ce qui la condamne ainsi à l’isolement. Ce qu’elle recherche, c’est la restauration de sa valeur comme être humain. Elle est en quête de la dignité que les détails pointilleux de la Loi lui ont fait perdre. Elle est l’image de toutes ces personnes qui cherchaient, et qui cherchent toujours, à se sentir acceptées par Dieu et par les hommes.

A travers le geste de toucher les franges du manteau de Jésus, symbole de l’obéissance à la Loi, l’Evangile nous montre l’infinité des chemins qui conduisent à la rencontre avec Dieu. A travers la figure de cette femme guérie, l’Evangile nous indique la nécessité de prémunir notre mentalité contre tout obstacle créé, par les hommes, entre Dieu et ses enfants. De l’amour de Dieu jaillit une force qui rétablit l’homme dans sa dignité de fils. La Loi de Dieu, comme les Droits de l’Homme, se doit de protéger la vie de tout homme.

L’intervention de la femme perturbe le cours normal de la rencontre entre Jésus et le chef de la synagogue. Ce retard devient fatal car il met en péril la vie de sa fillette de douze ans. Mais la guérison de la femme est instructive : elle offre une clé de lecture pour l’autre histoire. La Foi demandée à l’homme est celle dont la femme a fait preuve. La Foi, comme la vie, commence là où l’homme perd tout contrôle. La Foi se réveille sous sa forme la plus belle lorsque, à vue humaine, il est trop tard pour espérer.

La guérison, ou la résurrection, de la jeune fille nous montre un autre visage de la Foi. Dans la guérison de la femme, Jésus cherchait à provoquer cette dernière. Son but était de mettre en relief la Foi personnelle. Il voulait nous enseigner, à travers elle, que la Foi se révèle dans le désir de rencontrer Dieu. La Foi c’est tout risquer, c’est s’abandonner à la Providence de Dieu. Dans la maison du chef de la synagogue, Jésus nous enseigne que la Foi se vit dans l’intimité. La chambre, fermée à la curiosité de la foule, est le symbole de la sacralité de l’expérience de la Foi. Tandis que les gens célébraient le rituel du deuil et des larmes, Jésus entre dans le cercle familial. La Foi est une résurrection qui n’est possible que dans l’intimité du cœur de l’homme.


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