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Dieu n’est pas Juste… Il est miséricordieux!

P. Roger Sarkis

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Dieu Nest Pas Juste Il Est Misericordieux L’histoire biblique est profondément liée à celle de la fraternité. Les pages de la Bible retracent la tragédie d’une fraternité blessée par la peur, la séparation et la mort. L’histoire de Caïn et d’Abel, d’Ismaël et d’Isaac, d’Esaü et de Jacob, de Joseph et de ses frères… et de tant d’autres frères, jusqu’à nos jours. C’est l’histoire d’une fraternité perdue à cause de conflits et de rancœur. Les conflits fraternels marquent l’humanité entière.

La parabole des deux frères est une clé de lecture pour cette vision biblique sur la fraternité. Elle nous parle d’un rapport qu’il n’est possible de construire qu’en fonction de la filiation à un seul Père. Car la fraternité ne trouve son sens profond qu’à la lumière de la filiation. La parabole des deux frères est en même temps celle du Père miséricordieux. Elle nous révèle donc l’identité de la famille de Dieu.

Cette parabole est une réponse directe de Jésus aux pharisiens et aux scribes. Luc nous précise que ceux-là "murmuraient" en voyant les pécheurs et les publicains s’approcher de Jésus pour l’écouter. Ce type d’irritation est symptomatique : elle est semblable à celle du Peuple, dans l’Ancien Testament, qui murmurait, en signe d’insatisfaction du Salut donné par Dieu (Ex 16, 8). Le comportement des pharisiens caractérise la fausse religiosité basée sur l’égoïsme.

Cette parabole se déroule dans le cadre familial : un père et ses deux fils. Jésus nous invite donc à voir dans l’autre, tout autre, un frère. Au sein de cette famille, le plus jeune fils réclame sa part de l’héritage. Il considère déjà son père comme mort ! Mais le père respecte la liberté de son fils. Privé de sa paternité, il ne prive pas son cadet de sa dignité de fils. Les paroles utilisées par Jésus nous indiquent l’importance de l’acte accompli par le père : le texte grec indique que ce dernier partage avec son fils "ses moyens de vivre". Au fils qui demande l’héritage, le père donne sa vie.

Le père accepte la distance douloureuse qui le sépare de son cadet. Cette distance devient encore plus évidente avec le départ du fils. Celui-ci dépense tout son argent et dilapide l’héritage. Il perd sa filiation et finit comme serviteur dans des contrées lointaines. Il se retrouve dans une servitude totale. Face à la privation de sa dignité, image de la mort, le fils expérimente et reconnaît la grandeur de son père. La mort est le point ultime qui conduit le pécheur à reconnaître la paternité et la miséricorde de Dieu-Père. Car seul un père est capable de donner la vie.

La parabole nous surprend encore par la réaction du père : "Il fut pris de pitié, courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement". Il suffit d’effectuer un retournement et le père accomplit le reste. Il suffit de retourner à Dieu pour revivre et reprendre notre place dans la famille de Dieu. La filiation est un don que rien n’anéantit jamais, pas même le péché.

Cette parabole nous apprend que Jésus, en prenant place parmi les pécheurs et les publicains, instaure de nouveau la famille de Dieu et rétablit le lien de filiation blessé par le péché.

Le fils aîné travaille aux champs. Lui aussi se trouve loin de la maison. Le père sort de la salle du banquet pour rejoindre celui qui refuse le retour de son frère. Le père accomplit la même démarche que pour le cadet. Il ne se lasse jamais de sortir pour accueillir ses enfants. Il ne veut pas nous faire sentir notre indignité de fils prodigues. C’est pourquoi il ne nous laisse pas accomplir seuls tout le chemin du retour. Mais il vient à la rencontre, il part à la recherche de celui qui est perdu.

Le fils aîné récuse le comportement de son père. En jugeant son frère, il condamne aussi l’image d’un père miséricordieux. Et il se juge aussi par le fait même. Il réclame la justice et érige son père en juge. Le fils aîné représente ceux qui, dans l’Eglise, font appel à la justice comme chemin de réconciliation. Un concept de justice qui revient à accomplir toute injustice envers l’Amour, au sein du Corps mystique du Christ.

Jésus instaure une famille fondée sur la Miséricorde. Il n’établit pas une société utopique, où la justice serait l’unique voie pour ajuster les liens entre les hommes. La Miséricorde divine dépasse toute justice humaine.

La parabole reste ouverte, avec cette invitation à rentrer dans la maison paternelle. Il y a, à travers cette attente de la réponse du fils aîné, l’attente d’une réponse de notre part. Soyons miséricordieux envers nous-mêmes, puisque Dieu l’est envers nous.


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