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Percevoir l’inaperçu (Mc 2, 1-13)

P. Roger Sarkis

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Percevoir Linapercu

Dans cette scène de la guérison du paralytique, se retrouvent plusieurs catégories de personnes. Certains sont là pour écouter, d’autres pour aider un malade à rencontrer Jésus, d’autres encore pour critiquer le Maître. A l’une de ces trois catégories, peuvent se rattacher les hommes de tous les siècles.

Jésus est au centre de la maison où se déroule toute l’histoire. Il enseigne la Parole. Il apporte la Bonne Nouvelle. Les gens accourent pour l’écouter pour une simple raison : "car il les enseignait comme ayant une autorité, et non pas comme les scribes" (Mc 1, 22).

Malgré le manque de place, les scribes se sont assis. Cette attitude est significative : ils se séparent de la foule par leur position sociale et par leur objectif. Tandis que les gens se sont rassemblés pour écouter, eux sont là pour "penser dans leur cœur". L’expression indique qu’ils ne cherchent pas à comprendre, mais qu’ils sont en train d’enquêter pour trouver matière à faire condamner Jésus. Ils sont assis comme des juges au tribunal. Cette position leur permet de murmurer, de critiquer et de juger. Leur poste d’observation les place bien en vue, pourtant Marc ne signale leur présence que pour nous rapporter leurs critiques. Ils n’attirent l’attention sur eux que du fait de leur polémique au sujet des œuvres et de l’enseignement de Jésus.

Les scribes se posent en défenseurs de Dieu et de son pouvoir : "Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ?" (Mc 2, 7). Et ils accusent Jésus de blasphème. De leur point de vue, Jésus s’approprie les attributs réservés à Dieu seul. En effet, seul Dieu est capable de pardonner les péchés de l’homme (Is 43, 25 ; 44, 22). Leur reproche est donc grave car la Bible condamne à la peine de mort l’homme qui blasphème (Nm 15, 30).

Jésus répond en révélant au grand jour la pensée des scribes, mais il la présente sous un autre angle : "Quel est le plus facile, de dire au paralytique : tes péchés sont remis, ou de dire : lève-toi, prend ton grabat et marche ?". La question est importante et toujours d’actualité.

L’homme n’accorde du crédit qu’à ce qui est vérifiable, il ne se satisfait que d’une preuve perceptible. C’est pourquoi le miracle attire de nos jours tant de personnes. Car nous donnons plus d’importance à ce qui est "extraordinaire" et fascinant, tandis que nous sommes prêts à sacrifier ce qui est véridique et profond.

Du point de vue empirique, le pardon n’est pas vérifiable, car le changement s’opère à l’intérieur de l’homme et son effet est donc imperceptible. Le miracle, par contre, apporte une preuve physique et matérielle de son changement d’état.

Pour Jésus, c’est le pardon qui prime. Le miracle n’est donné que comme preuve d’une réalité plus importante. Le pardon est un signe de l’unité entre Dieu et l’homme. C’est pourquoi, dès le premier instant, Jésus appelle le paralytique "mon enfant". Jésus défend et révèle le visage d’un Dieu qui entretient une relation paternelle avec l’homme, tandis que les scribes défendent une idée de Dieu qui le tient à l’écart de sa créature. Leur "dieu" est semblable à leur comportement dans cette maison.

Dans cette histoire, Marc nous raconte une guérison à deux niveaux. L’homme "se leva et aussitôt, prenant son grabat, il sortit devant tout le monde". Et la foule commence à glorifier Dieu. Le paralytique revient à la vie, c’est le pardon qui lui donne la possibilité de se relever et de se remettre en route. Mais la foule aussi a su lire la présence de Dieu à travers l’œuvre de Jésus. Elle devient une assemblée qui loue Dieu. Seuls les scribes restent enfermés dans leurs pensées et leurs critiques.


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