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Le plus éclairé des aveugles (Mc 10, 46-52)

P. Roger Sarkis

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Le Plus Eclaire Des Aveugles

Marc nous raconte l’histoire de la guérison de Bartimée à un moment clef de son évangile. Jésus est en chemin vers Jérusalem, lieu où s’accomplira sa vie par sa passion, sa mort et sa résurrection. En même temps, cette guérison de l’aveugle sera la dernière réalisée par Jésus dans le troisième évangile. La rencontre entre Jésus et Bartimée revêt donc une importance particulière.

L’histoire ne se passe ni au centre de Jéricho, ni dans l’une de ses maisons, ni dans sa synagogue. En plus, c’est l’une des rares fois où ce n’est pas le malade qui va au-devant de Jésus. Bartimée est un aveugle qui mendie au bord de la route empruntée par les pèlerins qui se rendent à Jérusalem. Le lieu est très symbolique. Là où tous sont en chemin, lui reste bloqué et immobile. Ce symbole du chemin nous permet de voir dans cette histoire non une simple guérison mais un appel. La guérison de Bartimée provoquera en effet sa vocation. A partir du miracle s’opère en lui un déclenchement qui le met en route. Bartimée retrouve la vue et avec elle le chemin qui l’entraine à la suite de Jésus.

Bartimée est assis au bord du chemin. Il représente la catégorie des exclus de la société. C’est la figure des marginalisés qui n’ont pas droit de cité. Il est incapable de voir mais il ne trouve personne pour le guider sur son chemin. C’est encore l’image emblématique de ceux qui, par manque de capacité ou de faculté, se retrouvent dans une dépendance totale. Bartimée est condamné à vivre de la bienveillance des autres… ou à mourir de leur indifférence, de leur manque d’attention.

Mais cette réalité reste relative. Et c’est avec une certaine ironie que Marc nous raconte la suite de l’histoire. L’évangéliste nous relate la scène en soulignant le contraste entre la foule et l’aveugle. La foule est anonyme : on ne connaît le nom d’aucun de ceux qui la composent ; tandis que l’aveugle est bien connu sous le nom de Bartimée. La foule nomme Jésus le "Nazaréen" ; l’aveugle reconnaît en Jésus le "Fils de David", le sauveur. L’homme aveugle se comporte donc en voyant ! Il a su discerner l’identité de Jésus. Et une fois appelé par Jésus, il sera capable de trouver son chemin sans que personne ne le guide. C’est plutôt lui qui guidera la foule à la rencontre du "Fils de David".

Peu de temps avant cet événement, un homme riche est venu à la rencontre de Jésus, en quête de la vie éternelle : "Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" (Mc 10, 17). Cet homme est reparti triste car il avait de grands biens. Par contre Bartimée est présenté comme le type du vrai disciple. Il ose jeter son manteau pour aller à la rencontre du Maître. Or, pour un mendiant, le manteau n’est pas un simple vêtement, mais un véritable abri. En laissant tomber son manteau, c’est donc sa vie qu’il met en jeu, pour suivre le Seigneur. Le miracle n’est pas seulement d’ordre physique mais spirituel. L’histoire de Bartimée est celle d’une expérience de foi et de Salut.

L’expérience de Bartimée semble aussi répondre en écho à une autre histoire. Après le récit de l’homme riche, se situe l’épisode des fils de Zébédée. Ces deux-là se sont approchés du Maître pour lui demander : "Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire" (Mc 10, 37). Dans les deux récits Jésus pose cette question : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" (Mc 10, 36.51). Dans les deux cas il s’agit aussi de "fils" : d’abord des "fils de Zébédée" puis, ici, de Bartimée, c’est-à-dire le "fils de Timée". La rencontre entre Jésus et Bartimée ne se résume pas à une simple histoire de guérison. Le changement s’opère au niveau de l’identité de cette personne : Bartimée, de mendiant, est devenu disciple, et même le modèle du vrai disciple de Jésus.

Le mendiant s’est finalement révélé plus riche que les autres : riche de foi. Il ose crier par deux fois : "Aie pitié de moi !". Son cri est identique à la prière du Psalmiste (Ps 6, 2 ; 9, 13 ; 24, 16 ; 25, 11 ; 26, 7 ; 30, 9 ; 40, 4.10). Cette demande réitérée est donc le signe de sa persévérance dans la prière, malgré la nuit de l’aveuglement. Son insistance montre la puissance de sa foi à laquelle Jésus ne peut résister.


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