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Deux façons de voir pour croire (Jn 20, 19-29)

P. Roger Sarkis

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Deux Facons De Voir Pour Croire

Le Christ mort et ressuscité est la personne en laquelle notre espérance trouve sa raison d’être, notre foi son fondement et notre amour sa source. La Résurrection est la vérité qui illumine toute autre vérité dans la vie du Christ et dans celle de tout chrétien. Pourtant, cette même vérité reste une énigme pour la raison humaine. Car l’homme est incapable de croire en ce qu’il ne réussit pas à vérifier par des preuves et à accréditer selon la raison.

Les évangiles, en effet, nous présentent une réalité identique à la nôtre. Ils nous montrent la difficulté avec laquelle les disciples et les femmes ont dû affronter la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus. D’une part, ils se retrouvent devant un tombeau vide, ce qui crée et alimente une confusion dans leurs cœurs. Ce signe, tout en révélant le manque et l’absence du crucifié, reste insuffisant pour révéler toute la vérité. D’autre part, les apparitions du Christ accomplissent ce qui manquait encore dans le signe du tombeau vide. Ces deux éléments sont complémentaires. L’un invite à chercher, l’autre indique et révèle la vérité.

L’Evangile approfondit cette expérience du manque à travers la personne de Thomas. Ce disciple est en effet la figure des personnes qui exigent des raisons tangibles pour croire en la Résurrection de Jésus. Comme l’indique son nom ‘‘Didyme’’ qui signifie ‘‘jumeau", Thomas représente la lutte entre la foi et le doute. Ce disciple résume en lui le combat intérieur de chaque homme pour discerner en quelle vérité il doit croire. En même temps, Thomas est présenté, dans l’évangile de Jean, comme une personne incapable d’adopter la logique des paroles et de la vie du Maître (Jn 11, 16 ; 14, 5). En bref, Thomas est celui qui cherche à tracer et à construire d’une façon autonome son propre itinéraire de foi.

Thomas est celui qui n’accepte pas d’être trompé, et qui demande une preuve sensible pour croire. Il veut voir et toucher, il veut vérifier si le Christ ressuscité est bien le même que son Maître, Jésus, qui a été crucifié. Le doute qui émerge du cœur de ce disciple n’est pas absolu ni négatif. Thomas remet en question, non pas la vérité de la Résurrection, mais plutôt la crédibilité de l’annonce qu’en ont fait les autres disciples : "Nous avons vu le Seigneur". Il réclame, entre autre, le privilège d’assister, comme tous les autres, à une apparition du Christ mort et ressuscité.

La seconde apparition de Jésus aux disciples réunis, en présence cette fois de Thomas, est une réponse à cette demande de Thomas et, à travers lui, à chacun de nous. C’est le huitième jour que le Christ apparaît aux Onze. Un jour qui est devenu primordial dans l’Eglise : le jour du Seigneur, en lequel la communauté se rassemble pour faire mémoire de la Mort et de la Résurrection. Cela indique que la réponse au doute ne se reçoit qu’au sein de la communauté, et que le doute n’est qu’un chemin qui se vit dans la foi et qui l’alimente.

Au cœur de cette communauté, Jésus sème sa Paix. En même temps, il s’adresse à Thomas en reprenant ses propres paroles. Le Christ exauce le désir du disciple anxieux pour le mener à une foi authentique. Il invite Thomas, et les hommes de tous les siècles, à voir outre la mort, à croire que la vérité de l’amour surpasse toute limite, et que la Résurrection dépasse les preuves et les raisonnements. C’est pourquoi Jésus invite Thomas, non pas tant à toucher, mais plutôt à voir, c’est-à-dire à apercevoir, dans cette réalité illogique qu’est la Résurrection, les traces de la foi en Dieu.

Face à cette expérience, Thomas ne trouve qu’une seule parole à dire : "Mon Seigneur et mon Dieu !". Cette exclamation indique une foi vécue comme relation personnelle et intime.

Cette rencontre s’achève avec une nouvelle béatitude : "Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru". Jésus met en relief le privilège des croyants d’aujourd’hui, en parallèle avec celui des disciples. Tandis que ceux-là ont eu le privilège de ‘‘voir et croire’’, le nôtre est de croire sans avoir pour autant assisté aux apparitions du Christ.

C’est pourquoi la béatitude n’est pas tant un reproche aux disciples ou à Thomas, qu’une invitation à recevoir notre foi à partir du témoignage des apôtres. En effet, l’évangéliste nous raconte, dans le récit précédent, l’expérience de ‘‘l’autre disciple’’, Jean, devant le tombeau vide, les linges et le suaire : "Il vit et il crut", sans avoir encore vu le Christ ressuscité. C’est Jean qui réalise en premier la béatitude de croire sans voir. Les deux façons de ‘‘voir’’ de Jean et de Thomas sont en fait complémentaires : tous les deux ont transmis aux futurs croyants la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité. Jean et Thomas sont donc deux icônes qui nous montrent deux itinéraire pour arriver à ‘‘croire’’ en Jésus-Christ et à l’acclamer comme "mon Seigneur et mon Dieu".


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