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Le Maître de la Loi (Mt 12, 1-8)

P. Roger Sarkis

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Le Maitre Du Sabbat

Pour les premiers chrétiens, il n’était pas facile de comprendre le lien entre Jésus et la Loi de l’Ancien Testament. Le problème était sérieux pour la communauté de Matthieu, d’origine juive. Matthieu, en sa qualité de bon pédagogue, apporte sa réponse à travers un épisode de la vie de Jésus. Il se sert du récit des épis arrachés le jour du Sabbat, pour indiquer comment comprendre et vivre ce lien entre Jésus et tout l’Ancien Testament.

Matthieu nous précise que les disciples "eurent faim". Un petit détail qui expose un problème passé, présent et futur. Pourtant le problème ne se limite pas à "avoir faim", mais à l’insensibilité des hommes face à un besoin essentiel de la vie. L’homme d’aujourd’hui, lui aussi, a faim. Et il ne s’attend pas à une réponse "théologique" pour satisfaire son besoin vital. Il a besoin de miettes de pain pour rassasier son corps et son cœur. Les disciples qui ‘‘eurent faim’’ expérimentent dans leur chair un risque vital, à travers le manque d’une chose indispensable au quotidien. Pour un homme affamé, c’est la vie qui est en jeu, et non la Loi.

Les pharisiens expriment, par leur attitude, l’aveuglement d’une société vis-à-vis des problèmes fondamentaux de la vie. Pour se soustraire au devoir de résoudre une difficulté, ils adoptent le rôle de juge envers les autres. Car il est plus facile de juger que de s’engager à changer une situation difficile. Les pharisiens n’interrogent pas Jésus, mais ils l’accusent. Ils reprochent au Maître et à ses disciples de ne pas observer la Loi du Sabbat.

Jésus, taxé d’ignorant de la Torah, s’adresse à ses accusateurs avec une réponse biblique. Il leur présente une argumentation basée sur la Torah, les Prophètes et les Livres.

Premièrement, il évoque l’histoire du roi David qui, ayant ressenti la faim, a mangé du pain réservé au prêtre dans le Temple (1S 21, 1-7). L’histoire de David indique que le roi, exemplaire pour les Juifs, a commis une transgression plus grave que celle des disciples.

Ensuite, il leur rappelle que, dans la logique de la Torah, les prêtres devaient servir le Temple chaque Sabbat. C’est-à-dire qu’au nom de Dieu, qui a donné la Loi du repos du Sabbat, et pour célébrer le Sabbat dans le Temple, les prêtres devaient transgresser la Loi du Sabbat.

La logique présentée par Jésus implique que, selon la Loi, il y a toujours une priorité. Une chose prime sur une autre selon son importance. L’exemple de David indique que la faim d’une personne prime sur le respect du pain sacré du Temple. Dans la même ligne, le service du Temple vaut plus que la Loi du Sabbat. En conséquence, la faim de l’homme prime sur la loi du Sabbat. C’est ainsi que Jésus proclame : "Il y a ici plus grand que le Temple".

La réponse de Jésus se termine par une citation du prophète Osée : "C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice". Jésus invite les pharisiens à reconnaître la valeur de l’homme à travers la miséricorde. Il leur montre par-là que le respect de l’homme est la vraie expression du respect de Dieu et de son image. La Loi du Sabbat devait rappeler au Peuple l’œuvre de la création opérée par Dieu. Elle devait faire fructifier en eux la volonté de donner la vie, comme Dieu l’avait fait envers l’humanité. Le Sabbat était aussi le symbole de la libération de l’homme de toute servitude. Les pharisiens, par contre, avaient transformé la Loi en un dieu et s’étaient mis à son service au lieu de servir l’homme.

Cette histoire, racontée par Matthieu, nous éclaire sur le comportement de Jésus vis-à-vis de la Loi. Elle nous apprend aussi comment faire le lien entre le Nouveau et l’Ancien Testament.

Le Nouveau Testament n’annule pas l’Ancien. Avant que les évangélistes n’aient écrit leurs manuscrits, l’Eglise lisait et méditait la vie de Jésus à la lumière de l’Ancien Testament. Elle voyait en Jésus l’accomplissement des Ecritures. Jésus lui-même énonce cette vérité : "N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi et les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir" (Mt 5, 17).

Dans le récit des épis arrachés, Jésus ne critique pas la Loi, mais invite à retrouver son vrai fondement. C’est dans cette logique qu’il annonce à la fin de sa réponse : "Le Fils de l’homme est le Maître du Sabbat"(Mt 12, 8). La Loi du Sabbat est donnée pour respecter l’homme et le libérer. C’est pourquoi "le Sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le Sabbat" (Mc 2, 27).

La différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament réside tout simplement dans la personne de Jésus. En lui nous avons une Lumière qui guide notre lecture à travers toute la Bible. En lui seul nous pouvons, jour après jour, scruter la volonté de Dieu. Comme l’exprime l’apôtre dans sa lettre aux Hébreux : "Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par un Fils…" (He 1, 1-2).


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