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Première journée à Jérusalem (Mt 21, 1-17)

P. Roger Sarkis

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Première journée à Jérusalem

L’entrée de Jésus à Jérusalem n’est pas un simple rituel. C’est un témoignage profond et une leçon qui nous indiquent la valeur de l’obéissance et du sacrifice. En effet, Jésus annonce à ces disciples qu’il doit aller à Jérusalem pour souffrir et mourir (16, 21 ; 17, 12.22-23). Jérusalem est donc la destination finale de sa vie. Mais cette scène évangélique nous montre comment Jésus prend en main le contrôle de ce pèlerinage ultime. Dans son extrême obéissance au Père, Jésus n’est pas passif. Pour lui, l’obéissance et le sacrifice de soi-même ne sont véridiques que s’ils sont assumés comme un choix personnel. L’amour doit toujours être couronné par la liberté et la volonté. Jésus annonce explicitement cette vérité en disant : "Personne ne m’enlève la vie, mais je la dépose de moi-même" (Jn 10, 18).

Jésus ordonne à ses disciples de lui apporter "une ânesse avec son ânon" : c’est sur cette monture qu’il entrera dans la Ville sainte. Matthieu est le seul à préciser que ces animaux étaient au nombre de deux. L’un et l’autre symbolisent les peuples des deux Alliances admis au Temple grâce au Christ. L’âne est aussi un symbole messianique et l’emblème de l’humilité et de l’efficacité. D’autre part, cet animal - lié au sacrifice d’Abraham (Gn 22) - indique la continuité du plan salvifique de Dieu, depuis les Patriarches jusqu’au sacrifice de son Fils. L’Histoire biblique nous montre que le Salut est toujours une initiative de l’amour divin qui se sacrifie pour donner à l’homme la vie et la joie.

La présence de ces animaux sert aussi à manifester le caractère de Jésus, Roi humble et pacifique. Elle renvoie à l’accomplissement, en la personne du Christ, de l’oracle du prophète Zacharie : "Voici que ton Roi vient à toi ; doux, il monte une ânesse et un ânon" (Za 9, 9). La royauté de Jésus est de nature pacifique et non violente. Le comportement de Jésus nous rappelle, tout en les garantissant, ses enseignements : "Heureux les doux car ils posséderont la terre" (Mt 5, 5 ; 11, 29). Jésus est le Roi qui précède son peuple dans l’établissement de son Royaume de Paix et d’Amour.

L’entrée triomphale de Jésus entraîne une division. C’est pourquoi, l’Evangile nous fait entendre plusieurs voix. D’une part, celle de la foule qui acclame le Seigneur avec une louange tirée des Psaumes : "Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur" (Ps 117, 26). Cette foule enthousiaste invite même les cieux à la rejoindre pour s’unir à son allégresse. D’autre part, tandis que la foule chante sa joie, Jérusalem et ses habitants sont perturbés et remplis de crainte. Le triomphe de Jésus est décrit, par Matthieu, comme un schisme ou un tremblement de terre, semblable à ceux qu’ont provoqué sa naissance à Bethléem (Mt 2, 3) et sa mort sur le Golgotha (Mt 28, 4).

Jérusalem est la Ville sainte du Peuple de Dieu, où se trouve aussi le Temple. C’est donc en ce lieu que doit se manifester la présence de Dieu parmi son Peuple. L’entrée à Jérusalem trouve donc son achèvement avec la présence de Jésus au Temple et dans le geste prophétique qu’il pose envers deux catégories de personnes : d’une part en chassant les changeurs et les vendeurs de colombes, d’autre part en guérissant les aveugles et les boiteux.

Les changeurs et les vendeurs du Temple sont les personnes qui profitent de la religion et de la faiblesse de l’homme. Ils transforment la religion et la foi en un commerce. Mais, pour Jésus, ce comportement est incompatible avec la miséricorde de Dieu. C’est pourquoi il les chasse du Temple. Et c’est en chassant en dehors du Temple ces vendeurs et ces changeurs que Jésus ouvre les portes du sanctuaire aux aveugles et aux boiteux. Jésus purifie donc le Temple de toute profanation et la foi de tout genre de profit ; ce faisant, il nous invite à faire de même.

Jésus offre aux aveugles la possibilité de voir Dieu, et aux boiteux d’accéder à son Temple. A travers ces guérisons se manifeste clairement l’identité du Messie, fils de David, et en même temps celle de son Eglise. Il nous invite ainsi à nous identifier à cette catégorie de personnes : il nous rappelle que la famille de Dieu est formée de ceux qui sont guéris de leur infirmité.

Le geste de Jésus se place dans la continuité de l’Histoire biblique. En effet, la Bible raconte et témoigne de ce besoin continu de purifier le Temple et la religion de toute profanation. Cette purification ne se limite pas au passé, c’est un besoin quotidien du Corps du Christ. Aujourd’hui plus que jamais, Jésus nous invite à chasser les marchands de miséricorde et les monnayeurs de sacrifices. La purification est capable d’introduire un renouvellement de l’Alliance avec Dieu (2 Cr 29, 10 ; 34). Ainsi, Jésus a purifié le Temple avant d’instituer avec son Sang la Nouvelle Alliance : "Ceci est mon Sang, le Sang de l’Alliance" (Mt 26, 28).

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