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Communion restaurée (Jn 21, 1-14)

P. Roger Sarkis

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Communion Restauree

L’évangile de Jean est l’histoire de la manifestation de Jésus dans le monde et parmi les siens. Le quatrième évangile s’ouvre (Jn 1, 31) et se referme (Jn 21, 1) sur l’événement d’une manifestation de Jésus afin que nous croyons en Lui (Jn 2, 11). Jésus se manifeste ‘‘de nouveau’’ et il continue à se manifester parmi nous.

La présence de sept disciples dans cette scène est riche de signification. Leur nombre symbolise la totalité, la perfection et la plénitude. En eux se récapitule une communauté invitée à reconnaître le Seigneur et à participer au banquet de l’Eucharistie jusqu’à la fin des temps.

L’expérience de trois d’entre eux est marquée par une confession de foi : Nathanaël de Cana de Galilée (Jn 1, 49), Simon Pierre (Jn 6, 69) et Thomas, surnommé Didyme (Jn 20, 28). La rencontre avec le Ressuscité est donc une continuité et une preuve, en réponse à leur confession de foi devant Jésus de Nazareth. Celui que Dieu a ressuscité des morts est le même que Celui qui les a accompagnés de Cana jusqu’à Jérusalem.

Deux autres disciples, parmi les sept, ne sont pas cités par leur prénom, mais l’évangéliste nous indique que l’un des deux est ‘‘le disciple que Jésus aimait’’ tandis que rien de plus n’est spécifié sur l’autre. Ces deux disciples sont l’image et le prototype du disciple que nous sommes invités à devenir en lisant l’Evangile. Les deux derniers disciples laissés dans un total anonymat sont une invitation à faire partie de ceux qui reconnaissent le Ressuscité présent parmi les siens. Ils nous invitent à faire nôtre l’acclamation du disciple que Jésus aimait : ‘‘C’est le Seigneur !’’, répétée deux fois dans cette scène. Et, à travers cette confession, l’Evangile nous permet d’intégrer le groupe des trois qui ont en premier confessé Jésus comme Dieu et Seigneur.

La scène met en opposition la nuit de l’échec et le point du jour de la pêche miraculeuse. La nuit prend une place importante dans le quatrième évangile. C’est le cadre dans lequel se sont déroulées les différentes expériences de deux autres personnes confrontées à Jésus.

La première est celle de Nicodème qui vient en cachette, durant la nuit, pour s’entretenir avec Jésus (Jn 3) et qui sera aussi présent pour ensevelir le Seigneur (Jn 19, 39). Dans la nuit de sa recherche sur la vérité et dans la nuit la plus obscure, dans l’histoire de l’humanité, de l’abandon, Nicodème est devenu l’icône de toute personne qui cherche, dans l’obscurité, à apercevoir la lumière de Pâques.

La deuxième a lieu au cours de la nuit obscure qui conduit Judas à livrer le Seigneur à la mort. En ne croyant pas au pardon, Judas devient l’image de l’homme emprisonné dans les filets des ténèbres et qui refuse la lumière de la miséricorde (Jn 13, 30).

La nuit renvoie aussi à l’expérience d’une réalité menaçante, à l’épisode de la désolation, lorsque la tempête surprend le groupe des Douze alors qu’ils sont seuls et séparés de Jésus. Mais la nuit n’est qu’une étape qui prépare le retour du jour, quand la présence de Jésus vient leur apporter paix et consolation (Jn 6, 16-21). C’est aussi le cadre de la stérilité de l’activité humaine : "Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé ; la nuit vient où nul ne peut travailler" (Jn 9, 4).

Lors de la dernière nuit mentionnée dans le quatrième évangile, Jésus vient à la rencontre des siens. Mais ses disciples ne sont pas capables de le reconnaître. Jésus est le même mais Il est autre. La non-reconnaissance n’est pas due à la distance qui les sépare de Lui. Car l’identification du Ressuscité n’est plus possible à travers son aspect ou son apparence externe. L’unique voie éventuelle de reconnaissance et de rencontre avec le Seigneur n’est possible qu’à partir de ce qu’il dit et fait. Ainsi, la présence du Christ se donne à voir à nous, comme aux sept, à travers la Parole et l’Eucharistie.

La Parole du Christ, qui s’est accomplie par l’obéissance, fait goûter aux sept les prémices de l’abondance de la grâce. La surabondance de poissons réveille dans leur mémoire le souvenir du miracle de Cana et celui de la multiplication des pains. Le miracle réalisé affermit la foi des disciples. L’évangéliste indique qu’ils ont tiré de leur filet ‘‘plein de gros poissons’’ (Jn 21, 11), comme s’il assurait le croyant de la véracité de la Parole du Christ : "Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes" (Jn 14, 12). De même, le nombre de poissons, ‘‘cent cinquante-trois’’, indique la totalité et la multitude. Dans ce nombre sont représentés les croyants de tous les temps et leur multitude.

Le filet, comme la tunique du Christ durant la scène de la Passion (19, 24), ne se déchira pas. Entre l’Eglise et le Christ il y a une complémentarité. L’Eglise est le Corps du Christ. Elle partage avec Lui sa mission et son destin. C’est pourquoi, le début de l’Eglise correspond au début de la Passion qui conduit à la Résurrection. L’Eglise est le Corps du Christ dans la mesure où elle accepte de porter la Croix, de se laisser crucifier par amour, et de pardonner. L’Eglise est le Corps du Christ souffrant sur la Croix et, en même temps, le Corps ressuscité et glorifié avec le Christ.

La scène se termine avec un repas qui symbolise la communion restaurée. Pierre, comme toujours, veut être le ‘‘premier’’. Il se jette à l’eau et gagne le rivage. C’est à ce moment qu’il aperçoit ‘‘le feu de braise’’. Pierre se rappelle cet autre feu dont il s’était approché pour se réchauffer au cours de la ‘‘nuit’’ de son reniement (Jn 18, 18). Le feu, au bord du lac, exprime la volonté du Ressuscité de rétablir Pierre dans son amitié. Le feu est signe du pardon et de la réhabilitation de Pierre. Pierre est ainsi le ‘‘premier’’ à recevoir le pardon.


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